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Bouzid Kara : « Prendre les droits civiques comme ça, c'est rentrer dans le système »

  • Cote :

    NUMAUD/0013/024

  • Date :

    Décembre 2016

  • Description physique :

    Importance matérielle : 10min 56s

  • Information sur le traitement :

    Le remontage vidéo suivant a été réalisé suite au décès de Bouzid Kara, survenu le 15 décembre 2016.

  • Présentation du contenu :

    Entretien

    Portrait de Bouzid Kara, un des porte-parole de la Marche pour l'égalité et contre le racisme de 1983, à partir d'un entretien mené par Mogniss H. Abdallah à Asnières en région parisienne le 3 février 1986, à la veille des élections de mars 1986.

    Des extraits de cet entretien figurent dans Les Beurs aux urnes (VidéoNews n°2 printemps1986) et ont été retranscrits dans IM'média Mag n°3 « Les Beurs face aux urnes ».

    Le remontage vidéo suivant a été réalisé suite au décès de Bouzid Kara, survenu le 15 décembre 2016.

    Bouzid Kara, un des porte-parole des Marcheurs pour l'égalité et contre le racisme de 1983, a impressionné par sa sensibilité à fleur de peau et par sa capacité à interroger le monde, à s'interroger lui-même. La rumeur publique l'a même affublé d'un énorme point d'interrogation (imaginaire) tatoué dans le dos. 

    Idéaliste et pragmatique à la fois, il a consigné ses réflexions d'"Arabe de France", de chômeur aussi, dans son livre "La Marche, traversée de la France profonde"(éd. Sindbad, 1984, réédité chez Actes Sud en 2013). C'est une ode au dépassement des clivages entre « harkis », immigrés de nationalité algérienne et Français d'origine algérienne, clivages liés à la colonisation et à la guerre d'indépendance, et reproduits au sein même de l'immigration d'une génération à l'autre. Face aux provocations racistes endurées pendant la Marche, il y raconte « la victoire sur soi-même » : ne pas répondre à la haine par la violence. Pour autant, il n'est pas dupe de l'atmosphère du « tout s'arrange ». À force de se montrer « diplomates » et « efficaces », « nous continuons à parler calmement d'un phénomène violent ».

    Suite à la " phase gentille" de la Marche, il a tenté de lancer une campagne de sensibilisation aux droits civiques, à Aix-en-Provence et dans les environs. Par droits civiques, il entend aussi bien la restitution de leurs droits à ceux qui en ont été privés pour des "erreurs de jeunesse " que l'égalité des droits (sociaux, politiques et culturels) entre Français et immigrés, dont le droit de vote. Sans oublier l'essentiel, le droit à la vie. Il pense ici aux nombreuses victimes des crimes racistes ou sécuritaires. Il créé l'association Dignité, notamment avec ses amis de Meyrargues et du camp de rapatriés harkis d'Algérie, le Logis d'Anne, à Jouques dans l'arrière pays aixois. 

    Mais déçu par les effets d'annonce sans lendemains, le manque de moyens et les manipulations du gouvernement ou de ses satellites tels SOS Racisme "envoyés pour anesthésier une colère légitime ", il dit lors de cet entretien filmé avec IM'média au printemps 1986 que « prendre les droits civiques, comme ça, c'est rentrer dans un système qui nous a toujours reniés en tant qu'Arabes et en tant que musulmans. On peut rentrer dans ce système, à condition d'avoir les moyens pour faire campagne. Sinon, on ne fera pas long feu ». Clairvoyance prémonitoire ! Il ajoute à propos des candidats « beurs » : « Le jour où on a montré un candidat « beur », chez moi, on était tous contents, on était fiers, même si le gars n'avait pas grand-chose à dire ... Je crois qu'ils font fausse route, mais leur action peut servir à d'autres jeunes pour leur dire : "Mais osez, allez-y !" »Les critiques acerbes de Bouzid Kara contre les hommes politiques, de gauche comme de droite, n'épargnent pas le « mouvement beur", ni ses propres illusions initiales sur le PS. Aujourd'hui "j'ai l'impression que les manifestations deviennent des espèces de réunions mondaines, même quand les gens vont assister à un procès... On est en train de s'enfoncer dans un antiracisme tranquille. Le mouvement manque singulièrement d'idées et sombre dans la routine... Même nous, en tant qu'Arabes, on ne réagit plus avec assez de vigueur" . Pour autant, il ne partage pas l'idée de constituer un groupe de pression, un "lobby".

    Bouzid Kara conclut en estimant que le retour annoncé de la droite après les élections de mars 1986 sert plus d'épouvantail qu'autre chose. C'est d'un « système périmé" qu'il faut se débarrasser... " pour proposer autre chose ".

    Fiche technique:

    - Entretien : Mogniss H. Abdallah, avec la participation de Nordine Iznasni

    - Image et son : Samir Abdallah

    - Montage : Julien Teruel

    - Images d'archives : agence IM'média

    - Production : agence IM'média décembre 2016

  • Documents en relation :

    Des extraits de cet entretien figurent dans "Les Beurs aux urnes" (VidéoNews n°2 printemps 1986) et ont été retranscrits dans IM'média Mag n°3 « Les Beurs face aux urnes ».

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