Les affiches de la guerre franco-allemande 1870 – 71 au sein des collections de La contemporaine.
Le 11/09/2020 à 17h01 par Dominique BOUCHERY
Résumé

Cet article présente un fonds constitué d'affiches ayant trait à la guerre franco-allemande de 1870-71.

Les affiches, pour la plupart imprimées, présentent les proclamations officielles, avis, textes de lois, mais donnent aussi à voir les condiitons de vie difficiles des populations dans ces temps troublés.  

La guerre franco-allemande de 1870-71 débute par la déclaration de guerre de Napoléon III à la Prusse, laquelle faisait suite aux provocations de Bismarck. Elle ne dure que sept mois à peine, mais provoque de nombreuses victimes, en particulier dans les grandes batailles d’août 1870 et lors du siège et du bombardement des villes et places fortes comme à Strasbourg, Metz et Paris. La guerre occasionne également de profonds changements politiques en cette période qui court jusqu’à la capitulation de Paris le 28 janvier 1871 : la fin du Second Empire et les débuts de la Troisième République d’une part, la fondation de l’Empire allemand  et donc la naissance du premier Etat allemand unifié d’autre part. Le traité de paix de Francfort du 10 mai 1871 contraint la France à abandonner l’Alsace et une partie de la Lorraine et à des réparations d’un montant de 5 milliards Francs-Or. Les troupes allemandes occupent un quart du territoire français jusqu’à ce que le règlement intégral de cette somme soit échu en septembre 1873. Les tractations de paix sont encore en cours lorsque commencent le 18 mars 1871 les soixante-douze jours de la Commune de Paris qui prend fin dans un bain de sang (cf. l’exposition virtuelle dans l‘Argonnaute  https://argonnaute.parisnanterre.fr/discover/focus/6#/home         

 

Les événements de cette « année terrible » peuvent être vécus quasi en direct via les dépêches militaires et les proclamations officielles qui ont été numérisées de façon exhaustive. A l’époque, les affiches publiques sont à côté de la presse le principal moyen d’informer la population en temps réel sur les événements importants et les mesures prises. Les indications de date sur nombre d’affiches montrent que les dépêches sont souvent imprimées et affichées le jour même ou au plus tard la veille de leur envoi. La rapidité et le contrôle des informations propagées constituent un enjeu majeur pour les gouvernements, précisément dans une période où le temps est accéléré par la guerre et où la réceptivité aux nouvelles et aux fausses informations est exacerbée. Il n’est pas rare de trouver plusieurs versions régionales d’une même affiche, qui ne présentent la plupart du temps que de légères modifications rédactionnelles.

 

Le fonds de La contemporaine portant sur la Guerre de 1870-71 se compose de plus de 1580 pièces. De façon très majoritaire il s’agit de proclamations officielles, d’avis, de lois, d’instructions, de circulaires, d’informations journalières diffusées par l’occupant. On y trouve aussi des communiqués de personnes privées à contenu politique ou informant de ventes exceptionnelles de nourriture par exemple. A l’exception d’un Port folio de 50 pièces rassemblées dans un classeur « Dépêches manuscrites »[i], il s’agit de documents imprimés. La bibliothèque qui est avant tout connue pour sa collection relative à la Première Guerre mondiale a reçu ce fonds par le biais d’un don privé. La plus grande partie du fonds a été transmise par Sylvette Leleu en 1949[ii].   

 

Le fonds est divisé de façon chronologique et géographique en 42 classeurs, la section qui concerne Paris constituant la plus grosse part avec 400 affiches réparties dans 8 classeurs. A côté de cela, on trouve, ordonnancés par mois, les classeurs relatifs aux années de guerre dans le reste de la France (province). Le département du Pas-de-Calais, dans lequel résidait la donatrice Sylvette Leleu, est particulièrement représenté, de même que les villes et départements occupés (22 classeurs).

Les affiches racontent l’une après l’autre le début de la guerre, la mobilisation, les premières batailles, les événements militaires, la fin du Second Empire, la proclamation de la république, les mesures prises pour lever de nouvelles troupes de la Garde mobile et la mobilisation de la Garde nationale dans le cadre de la « levée en masse », les premières élections de la Troisième République, l’état de siège et l’occupation des villes et régions.

 

Parmi les proclamations, on trouve la célèbre dépêche du fraîchement nommé ministre des affaires étrangères de la nouvelle république, Jules Favre, en date du 6 septembre 1870 s’adressant au corps diplomatique français. Il y annonce la continuation de la guerre, car il estime la condition de paix imposée par l’Allemagne concernant l’abandon de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine comme inacceptable. L’extrait suivant en est souvent cité : « Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses » (Cote AFF 12118, https://argonnaute.parisnanterre.fr/ark:/14707/a011546615033hQhUmQ/c93a66ed9b).

 

Cependant, ces affiches ne rendent pas seulement compte des événements politiques et militaires ou des évolutions administratives. Elles donnent également un aperçu indirect sur la vie dans les villes assiégées et sur les restrictions de la vie quotidienne : les réquisitions, les rationnements sur la nourriture, l’hiver glacial, la faim, la maladie et la mort, auxquels il faut ajouter les bombardements  dans le cas de Strasbourg, et plus tard au tournant de l’année 1870/71, celui de Paris. Un « bureau permanent » est installé à Paris en janvier 1871 pour aider les victimes. La population est appelée à se porter assistance mutuelle, accueillir des réfugiés ou signaler les logements inoccupés (sans date, Cote AFF 13570, https://argonnaute.parisnanterre.fr/ark:/14707/a011546615033308Rr5/49e0ba5299      

 

    

     Mareike König, Institut historique allemand de Paris (Trad. D. Bouchery)

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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